Cap sur l’international et les produits responsables

Il fallait se déplacer chez Mod’lscène à Blagnac pour s’informer sur les dernières tendances précises du marché français et international de l’habillement.

Organisée en avril dernier par Myriam Nublat, la présidente de l’UPH, l’Union des professionnels de l’habillement de Midi Pyrénées, cette réunion a rassemblé des acteurs de la filière régionale.

De g. à d. : Marie-Pierre Bessac, dirigeante de Model’scene, Myriam Nublat, présidente de l’UPH Midi-Pyrénées et Christine Leclercq, ex-dirigeante de Mod’lscène.

 

Le secteur est aujourd’hui animé par des PME, des TPE, des freelances disséminés sur le territoire. On trouve à la fois des fabricants de vêtements et d’accessoires, des sociétés qui ont leur propre marque ou/et travaillent en sous-traitance pour d’autres, souvent dans le luxe et la mode. En parallèle la région abrite aussi des sociétés visant le textile et l’habillement technique associés sur des marchés de niche type militaire/aéronautique/sécurité. Le marché reste très compliqué, dominé par l’offre importée, mais le Made in France continue à se vendre y compris la production des petites entreprises locales.

Baisse du marché en 2019

En 2019 l’Observatoire économique de l’Institut français de la mode (IFM) prévoit une baisse du marché de 0,9%. Depuis 2007, le volume global vendu a baissé de 15% soit 30 milliards d’euros. Si la part des hypermarchés et du commerce spécialisé a fléchi respectivement de 38% et 22%, les ventes en magasin restent majoritaires notamment dans les enseignes type Monoprix, + 10%. La part des ventes à distance et de l’e-commerce ne représente que 15% même si elle progresse. Dans ce domaine, les pays du Nord comme l’Allemagne font 10 points de plus, à l’inverse de l’Italie ou de l’Espagne avec moins de 10%. Le volume des ventes a baissé partout en Europe depuis la crise. «On est rentré dans un nouveau schéma de consommation» résumait Gildas Minvielle, le directeur de l’Observatoire économique de l’IFM.

Le luxe et les 1ers prix

La part de l’habillement dans les dépenses des Français est passée de 9% en 1960 à 3,9% en 2018 au profit notamment de la culture, la téléphonie…Pour l’IFM, la baisse des ventes s’explique à 60% par une dé-consommation contrainte. Depuis dix ans le pouvoir d’achat a quasi stagné, avant il progressait chaque année de 2%. L’autre part, 40%, c’est de la dé-consommation choisie. Il s’agit de consommateurs qui ont les moyens mais attendent entre autres une meilleure qualité, des produits et des entreprises responsables. Au sein des dépenses, le poids de l’habillement diminue au profit ; des accessoires (parfums, maroquinerie, chaussures). Globalement les secteurs du luxe et les premiers prix s’en sortent mieux que celui du milieu de gamme. Le prix d’abord, en second la qualité dictent les choix du consommateur avec une idée qui revient : «les prix ne veulent plus rien dire». 50% des dépenses se font en solde ou en promotion contre 32% en 2010. La guerre des prix entraîne une spirale sans fin. Avec internet, les achats d’impulsion diminuent au profit d’un acte rationnel. Les achats sont moins saisonniers et dictés d’abord par la météo fluctuante. Autre nouveauté, la montée du vêtement d’occasion,  le seconde main qui représente désormais 1 milliard d’euros par an !

 

L’export en progression

Les marques françaises d’habillement et d’accessoires s’exportent de mieux en mieux. Le volume a progressé de 4% depuis 2010. De 5,5 milliards d’euros en 2005, l’international a représenté en 2018, 9,9 milliards d’euros et 10,3 milliards d’euros en 2019 en prévision. Le luxe tire très fort. La France a encore des entreprises dans le Top 30 mondial avec les groupes LVMH et Décathlon. A l’international, la Fédération du prêt-à-porter féminin et Promas pour les hommes accordent des aides aux PME sur des salons spécialisés dans le monde entier qui ont été présentées chez Mod’lscène avec le plan Défi export 2019.

Les vêtements et produits responsables ciblés

L’écologie, le vêtement responsable, constituent bien une tendance forte mal satisfaite par l’offre actuelle. «C’est un relais de croissance pour les PME de l’habillement françaises. En 2018, 20% des consommateurs ont acheté un produit responsable indiquait G. Minvielle. Le phénomène est déjà perçu par les grosses enseignes low cost qui commencent à se positionner. A Labège, la société Terre de Pastel s’est lancée dans la production de pastel en cultivant cette plante pour notamment développer la coloration végétale de vêtements. «Il y a une demande très forte en coloration végétale mais il n’y a quasi pas de réponse industrielle pour remplacer les procédés chimiques notamment pour le coton, le lin très difficile à travailler durablement» mentionnait Sandrine Banessy, la codirigeante de l’entreprise qui conçoit des gammes de vêtements, de produits et cosmétiques à base de pastel.

 

Mod’lscène, transmission réussie

Christine Leclercq est assurée de voir son bébé continuer avec la reprise de Mod’lscène par Marie-Pierre Bessac. «Il faut maintenir ce métier qui part de plus en plus à l’étranger. Il est aussi important que le père soit tué, car MP. Bessac apportera une autre vision de l’entreprise» relatait C. Leclercq. Mod’lscène crée des costumes et vêtements pour le spectacle vivant, l’opéra, le cinéma, intervenant pour aider les ateliers dédiés lors des productions importantes. Elle a conçu les costumes portés par le personnel du musée de l’Envol des Pionniers à Montaudran ou ceux du dernier spectacle «La barbe rouge» à l’affiche du théâtre des Variétés à Paris en reprenant le thème de Carmen.

Chapeaux crambes : «La belle endormie» change de mains

De g. à d. : Thierry Fresquet, ex-dirigeant, Catherine Vampouille et Benoît Besnault, codirigeants de la société Crambes.

Catherine Vampouille et Benoît Besnault viennent de reprendre la société Crambes, le fabricant de chapeaux et casquettes de Caussade dans le Tarn-et-Garonne, cédée par Thierry Fresquet. Les repreneurs ont de l’ambition pour cette société labellisée du Patrimoine vivant, qui emploie une quarantaine de salariés pour un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros dont 10% à l’export. Ils ont tous les deux l’expérience de l’entreprise. C. Vampouille dirigeait précédemment une PME de la métallurgie dans l’Est de la France dédiée au ressort qu’elle a cédée. B. Besnault manageait la direction commerciale de l’équipementier automobile allemand ZF. «Crambes est une belle endormie que l’on va réveiller. Elle a un réel potentiel et de l’avenir avec une transmission organisée des savoir-faire en interne» indiquent les repreneurs. Le projet de revitalisation va s’appuyer sur une rationalisation de la production avec la mise en place d’un ERP, le lancement d’une politique de marketing

et communication, le développement de la création de nouveaux modèles. En matière de distribution, il faudra bouger car le réseau des chapelleries est en perte de vitesse. L’e-commerce devrait faire partie des nouveaux canaux de vente. Il y a une trentaine d’années, Crambes employait deux cent salariés. Aujourd’hui l’entreprise produit pour sa marque propre et en sous-traitance.

Par Jean-Luc Bénédini

ENTREPRISES OCCITANIE – Juin/Juillet 2019

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